OZZY OSBOURNE – Bark At The Moon (1983)

Troisième album studio d’Ozzy Osbourne, Bark At The Moon est également le premier avec le guitariste Jack E. Lee, transfuge de Dio (et ancien membre de Ratt et Rough Cutt), qui a alors la lourde tâche de faire oublier Randy Rhoads et de fournir de nouveaux morceaux au Madman (qui ne le créditera pas sur l’album, d’ailleurs, pas plus que Bob Daisley). Deux versions différentes sortent alors, une pour le marché européen et une autre pour l’américain. Un titre diffère « Center Of Eternity » pour le second et « Spiders » pour le premier, ainsi que la disposition des morceaux. Ce qu’il y a d’étonnant, c’est que « Center Of The Universe » est une composition très heavy et entêtante, alors que « Spiders » est un mid-tempo très mélodique et plein de nuances, qui lorgne sur le hard rock, voire le hard FM. C’est à n’y rien comprendre. On trouve également des variantes de couleurs sur les pochettes, notamment pour le nom du groupe et le titre de l’album.

Ce qui ressort de cet album, c’est d’abord la qualité de ses compositions, particulièrement soignées, qui allient riffs puissants et techniques, à des lignes vocales immédiatement identifiables. Plusieurs chansons ressortent, comme l’éponyme et incontournable « Bark At The Moon » et ses références fantastiques, mais également l’excellent « Rock ‘n’ Roll Rebel » au riff groovy et au refrain fédérateur. Jack E. Lee y délivre un magnifique solo qui l’assoit comme un des grands espoirs de la scène metal. Autre réussite, la ballade au piano « So Tired », aux jolies orchestrations, qui démontre toutes les variations dont la voix d’Ozzy est capable. Sans doute l’un de ses titres les plus poignants. Dans un registre opposé, « So Down » est un vrai heavy rock enlevé, soutenu par des claviers, et qui annonce étrangement le virage moins metal du chanteur.

C’est également le cas du hard rock « Waiting for Darkness », sur lequel les claviers sont dominants, repoussant les guitares au second plan. Si le chant d’Ozzy est excellent et ses lignes vocales soignées, le metal des deux premiers albums est bien loin. Ce constat est plus évident encore sur « You’re No Different », une fausse ballade, aux motifs hérités des années 1970 et à la mélancolie communicative. Les fans peuvent aussi apprécier le hard rock carré, « Now You See It (Now You Don’t) » qui donne envie de secouer la tête en cadence, avec son riff bourré de groove et ses arrangements futuristes aux claviers.

Servi par une excellente production, Bark At The Moon est une des meilleures réalisations de cette année 1983 et permet d’asseoir Ozzy Osbourne comme un chanteur à part entière, en partie débarrassé de l’aura de Black Sabbath.

Version américaine

  • 1. Bark at the Moon
  • 2. You’re No Different
  • 3. Now You See It (Now You Don’t)
  • 4. Rock ‘n’ Roll Rebel
  • 5. Centre of Eternity
  • 6. So Tired
  • 7. Slow Down
  • 8. Waiting for Darkness

Version européenne

  • 1. Rock ‘n’ Roll Rebel
  • 2. Bark at the Moon
  • 3. You’re No Different
  • 4. Now You See It (Now You Don’t)
  • 5. Forever
  • 6. So Tired
  • 7. Waiting for Darkness
  • 8. Spiders
  • Ozzy Osbourne – Chant
  • Jake E. Lee – Guitare, chœurs
  • Bob Daisley – Basse, chœurs
  • Tommy Aldridge – Batterie
  • Don Airey – Claviers

Labels : CBS, Epic

METAL PLATED (1983)

Publiée en 1983 par le label Ebony, la compilation Metal Plated propose huit groupes considérés comme des espoirs à cette époque. Parmi eux, trois formations françaises, quatre britanniques et une suédoise. Si le niveau d’ensemble est assez varié, cet album est devenu culte dès sa sortie, notamment en France, parce qu’il proposait les premiers enregistrements d’une scène hexagonale en plein essor. C’est d’ailleurs Demon Eyes qui ouvre les hostilités avec son morceau « Les Deux Maudites », un heavy metal nuancé, évoquant l’épisode biblique de la destruction de Sodome et Gomorrhe. Soutenu par des riffs gras, le chant se veut déclamatif jusqu’à un refrain direct. Autres Français, Blasphème hausse le niveau avec son « Jehova », appuyé sur un chant aigu, des guitares incisives et un batteur technique. Sans doute le meilleur groupe de cette compilation, Blasphème n’est cependant pas aidé par la production un peu sourde, apanage du label. Vulcain complète cette colonie française avec son hymne « Vulcain » qui démonte tout par son côté direct, sa violence et son chant grave. Ce morceau groove et bourdonne comme du Motörhead.

A côté de ces groupes français qui ont percé chez nous, la scène anglaise est représentée par des seconds couteaux, voire d’obscures formations issues de la New Wave Of British Heavy Metal. Badger, jamais signé par la suite, nous offre « The Traveller » un titre complexe, présent sur leur seconde démo, mais brouillon et gâché par de l’écho, dont on a peine à cerner les tenants et les aboutissants. Autre groupe inconnu, Coma livre une pâle imitation de Saxon avec son sympathique « All In The Name Of Rock’n’Roll » qui peut intéresser grâce à son côté direct et très naïf. Enlevé, basé sur un riff heavy, ce morceau n’en demeure pas moins en deçà des normes de l’époque. Mais c’est néanmoins bien meilleur que le sous-produit punk livré par Double Agent avec son médiocre « Madman ». Un peu meilleur, Stallion, auteur d’un unique 45 tours « Sleeping Warriors »/« Rock Hero » en 1981, nous offre « Don’t Wait Too Long », un morceau un peu pompeux, qui lorgne sur le heavy et le hard rock, avec des claviers mal mixés et un chanteur qui n’est pas vraiment en place.

Bien au-dessus des groupes britanniques, les Suédois Steel Wings, qui sortiront quatre démos, avant un premier album en 1989, puis un deuxième en 2019, nous proposent un heavy metal mélodique, au tempo rapide, qui attire par son côté enjoué et son refrain simple mais entêtant.

Metal Plated vaut surtout pour ses trois groupes français qui vont percer, et par son groupe suédois. Elle n’en reste pas moins une pierre angulaire du metal de l’époque.

  • 1. DEMON EYES – « Les Deux Maudites » (France)
  • 2. BADGER – « The Traveller » (UK)
  • 3. COMA – All In The Name Of Rock’n’Roll (UK)
  • 4. BLASPHEME – « Jehova » (France)
  • 5. VULCAIN – « Vulcain » (France)
  • 6. DOUBLE AGENT – Madman (UK)
  • 7. STEEL WINGS – Live Your Life (Sweden)
  • 8. STALLION – Don’t Wait Too Long

Label : Ebony records

VULCAIN – Rock’n’Roll Secours (1984)

Premier album de Vulcain, Rock’n’Roll secours fait l’effet d’une bombe au moment de sa sortie. Présenté comme le pendant français de Motörhead, le quatuor délivre un rock gras, teinté de punk et de metal, dont les paroles, parfois un peu naïves, sont symptomatiques d’une époque, d’un mode de vie et de centres d’intérêts qui ont un peu changé depuis. Pourtant, trente-cinq ans plus tard, elles frappent encore par leur sincérité, comme nous frappe la puissance du groupe. Direct, efficace, assez peu technique, la musique du quatuor privilégie le groove et la communion avec les fans aux envolées lyriques. Atypique dans le paysage metal français de l’époque, Vulcain fédère une importante fan base qui va permettre au groupe de durer un peu plus longtemps que ses camarades de scène.

Basée sur des tempos rapides, la musique de Vulcain puise aux sources du rock, du punk et du metal, pour mieux saisir l’auditeur à la gorge. La section rythmique y est donc prépondérante, même si son travail est assez simpliste comme on peut s’en rendre compte sur l’hymne « Le Fils De Lucifer », une sympathique histoire vaguement maléfique, comme le voulait la mode de l’époque. Tout aussi naïve, « Ebony » est un hommage au label Ebony qui a signé le groupe et placé son morceau « Vulcain » sur sa compilation Metal Plated (1983) aux côtés de Blasphème et Demon Eyes. Plus déjanté, « Le King » évoque les grands prix de moto, avec son lot d’accélérations et de riffs furieux. C’est simple et direct, mais moins encore que « Pile ou Face », un speed metal punk dominé par une basse vrombissante et un refrain fédérateur.

On le perçoit, le groupe ne vit que pour le rock, délaissant les fioritures, aussi bien dans les riffs que dans les paroles. « Rock ‘n’ Roll Secours » démarre lentement pour nous emporter ensuite dans sa gigue infernale. Les guitares sont distordues et rapides, la section rythmique assure un train d’enfer, tandis que la voix éraillée et grave de Daniel Puzio ne cherche pas à faire des harmonies, mais va droit au but. Tout cela est clair sur « Vulcain / L’Enfer », la double pièce référence du groupe, qui écrase tout sur son passage, afin de nous emmener en enfer. Pourtant, Vulcain n’est pas un groupe bas du front. Il rend hommage aux mineurs dans le nuancé « Les Damnés » et vomit sur une société qui écrase l’individu dans « Bosser », un brûlot punk metal qui ne peut pas laisser indifférent. Il en va de même pour « Overdose » qui évoque la mort de ceux que le système a essoré jusqu’aux os.

Ce premier album ne manque pas de défauts, notamment un son un peu daté, mais il demeure le témoignage d’une époque où, déjà, les jeunes se rebellaient contre une société oppressive. La version CD de 1997 inclut le trois titres La Dame de fer, avec « Reprends ta place », « La Dame de fer » et « Emmène-le ». En un mot : indispensable.

  • 1. Ebony
  • 2. Le King
  • 3. Les Damnés
  • 4. Pile Ou Face
  • 5. Rock ‘n’ Roll Secours
  • 6. La Digue Du Cul
  • 7. Le Fils De Lucifer
  • 8. Vulcain / L’Enfer
  • 9. Overdose
  • 10. Bosser
  • Daniel Puzio – Guitares, chant
  • Vincent Puzio – Basse
  • Didier Lohezic – Guitares
  • Franck Vilatte – Batterie

Label : Devil’s Records

MOLLY HATCHET – No Guts No Glory (1983)

Après une série d’albums encensés par la critique et dont les pochettes, illustrées par Frazetta, ont concouru à la notoriété du groupe, les sudistes de Molly Hatchet opèrent un virage plus hard rock. Celui-ci est symbolisé par une pochette représentant le groupe armé et habillé en cow-boys, au milieu d’une ville typique de la fin des années 1800. Les fans sont étonnés, ceux qui découvrent le groupe conquis. Autres changements importants, le retour de Danny Joe Brown au chant, alors qu’il avait été remplacé par Jimmy Farrar sur les deux précédents albums et le départ de Banner Thomas le bassiste originel du groupe qui composait également. Cela s’en ressent et modifie un peu l’équilibre. Dès « What Does It Matter ? » les riffs des trois guitaristes pulsent un groove d’enfer, emportant tout sur leur passage. La voix de Danny Joe Brown, épaisse et gorgée de Jack Daniels, crachent des couplets entêtants avant de nous asséner un refrain simple, mais ô combien fédérateur. Le rythme est enlevé et convient parfaitement pour une entrée en matière. Ce déferlement se poursuit avec le très hard rock « Ain’t Even Close », au riff énorme, qui s’inscrit parfaitement dans une époque où le genre domine aux Etats-Unis. Ce virage, peu apprécié par certains fans de la première heure, montre pourtant un groupe au sommet de sa forme.

On s’en rend compte avec « Sweet Dixie », une chanson typique du southern rock, aussi bien dans son rythme sautillant, ses influences country, que le thème abordé. Danny Joe Brown se la joue chanteur de saloon, tandis que les guitaristes s’en donnent à cœur joie pour nous entraîner dans leur gigue. Pourtant le meilleur reste à venir avec la perle de plus de huit minutes que constitue l’énorme « Fall of the Peacemakers » qui est le « Free Bird » de Molly Hatchet, à savoir le meilleur morceau jamais écrit par le groupe. Cette ballade poignante, au refrain lyrique, permet à la triplette de guitaristes de nous offrir leurs plus beaux duels de guitares, tandis qu’un piano vient souligner le tout avec une grâce évidente. Pour tout dire, cette chanson vaut à elle seule l’achat de cet album, tant les guitares pleurent avec un feeling rarement atteint.

Vient ensuite la bombe « What’s It Gonna Take », un titre écrit par Gary O’Connor, un artiste canadien qui a aussi composé pour 38 Special ou Eddie Money. Gorgé de groove, sur un rythme entraînant, ce titre possède un refrain presque FM, mais arrangé à la sauce southern rock. Danny Joe Brown nous y prouve qu’il est un bon chanteur, capable de moduler un refrain superbement composé. Les tentatives pour attirer un nouveau public sont évidentes sur ce titre, et davantage sur « Kinda Like Love » qui flirte avec une sorte de pop country FM. Sans doute le moins bon morceau de cet album qui plus est, écrit par des gens extérieurs au groupe.

Heureusement, avec « Under The Gun », les guitares reviennent au premier plan pour un brûlot southern rock mené sur les chapeaux de roues. Basé sur un riff sautillant, que soutiennent des orgues chauds et savamment mixés, ce morceau emporte l’adhésion de l’auditeur en renouant avec les anciens thèmes du groupe. Il en va de même pour « On the Prowl », un mid tempo entraînant, aux racines country et aux guitares rock, qui ouvre les portes d’un western gorgé de guitares, à la fois passionné et passionnant. L’album se clôt sur « Both Sides » un instrumental, léger, sur lequel les guitaristes se livrent à de beaux duels, appuyés par un magnifique piano.

No Guts No Glory est un album à part dans la discographie de Molly Hatchet, mais qui se révèle indispensable pour tout amateur de southern rock, car il est symptomatique des changements qui ont émané ce mouvement.

  • 1. What Does It Matter ?
  • 2. Ain’t Even Close
  • 3. Sweet Dixie
  • 4. Fall of the Peacemakers  
  • 5. What’s It Gonna Take ?
  • 6. Kinda Like Love
  • 7. Under the Gun
  • 8. On the Prowl
  • 9. Both Sides
  • Danny Joe Brown : Chant
  • Dave Hlubek : Guitares
  • Duane Rolland : Guitares
  • Steve Holland : Guitares
  • Riff West : Basse
  • Barry « B.B. » Borden : Batterie

Label : Epic

Producteurs : Tom Werman, Dave Hlubek & Duane Roland

IMPELLITTERI – Stand in Line (1988)

Après un EP 4 titres sorti en 1987 qui permet au groupe de se faire remarquer, Impellitteri revient un an plus tard avec un album entier et un line-up totalement remanié, puisqu’il ne reste plus que le guitariste de la formation d’origine. Etrangement, Rob Rock, qui a pourtant créé le groupe, est remplacé par Graham Bonnet (ex Rainbow, ex MSG…). Le line-up est d’ailleurs solide avec la présence de Chuck Wright (Quiet Riot) et de Pat Torpey (futur Mr Big).

Dès les premières notes du superbe « Stand In Line », l’auditeur est saisi par l’aisance technique de Chris Impellitteri qui se montre aussi à l’aise pour proposer des riffs efficaces et bourrés de groove que pour délivrer des solos rapides et fluides. Les influences néo-classiques sont évidentes, notamment sur l’excellent « Secret Lover » qui nous entraîne dans un univers baroque. On pense à Yngwie Malmsteen, mais également à Richie Blackmore. L’ombre de Rainbow n’est d’ailleurs pas loin, non seulement en raison de la présence de Graham Bonnet (qui a chanté sur le mésestimé Down to Earth), mais aussi par les reprises de « Somewhere Over The Rainbow » et de « Since You’ve Been Gone » (de Russ Ballard que Rainbow avait incorporé à… Down to Earth). Autant dire que Chris Impellitteri ne cache pas ses goûts, ce qui se vérifie tout au long de cet album.

Composé en majorité de morceaux mid-tempo : « Stand In Line », « Tonight I Fly », « White and Perfect » qui servent de base à des solos majestueux, Stand in Line n’est pas exempt de défauts, en particulier sa propension à vouloir en mettre plein la vue et le côté parfois insipide de certains titres. Pour un premier album, il n’en demeure pas moins de bonne facture. Le rapide « Goodnight and Goodbye », qui lorgne vers Rainbow et Deep Purple possède un vrai allant qui donne envie de secouer la tête et de taper du pied. Mention honorable également pour l’instrumental « Playing with Fire » qui permet à Chris Impellitteri de prouver qu’il est déjà un grand guitariste. En revanche, le lourd « Leviathan » peine à passionner, comme « White and Perfect » trop pompeux et sur lequel Graham Bonnet ne se montre pas vraiment à son avantage.

En moins de 35 minutes, l’album est plié. Reste quatre bonnes compositions originales et deux reprises bien maîtrisées, ainsi qu’un nouveau shredder qui étincelle. A noter que sur le clip de « Stand In Line », Wright et Torpey ont déjà été remplacés par Dave Spitz et Stet Howland, sans pour autant être incorporés au groupe.

  • 1. Stand In Line
  • 2. Since You’ve Been Gone
  • 3. Secret Lover
  • 4. Somewhere Over The Rainbow
  • 5. Tonight I Fly
  • 6. White and Perfect
  • 7. Leviathan
  • 8. Goodnight and Goodbye
  • 9. Playing with Fire
  • Graham Bonnet : Chant 
  • Chris Impellitteri : Guitares 
  • Chuck Wright : Basse 
  • Pat Torpey : Batterie 
  • Philip Wolfe : Claviers 

Labels : Relativity Records, CBS, Music For Nations

TEN YEARS AFTER – Ten Years After (1967)

Formé par Alvin Lee et Leo Lyons en 1966 sur les cendres de leur groupe Britain’s Largest Sounding Trio, Ten Years After est un groupe de rock anglais issu de la scène British Blues qui sort ce premier album en 1967. Composé de cinq morceaux originaux et quatre reprises, il pose les bases d’un blues rock soyeux, efficace et technique. Ainsi, la face A débute par « I Want to Know », une reprise de Paul Jones (chanteur du Manfred Mann Earth Band), dans une version accélérée et plus directe que l’originale, qui montre toutes les qualités d’Alvin Lee et le groove que le groupe est capable de mettre dans chacun de ses morceaux. A l’opposée, la version du « I Can’t Keep from Crying, Sometimes » d’Al Kooper offre une plage psychédélique, soutenue par un clavier omniprésent qui rapproche ce morceau du rock des Doors. La voix de Lee se fait enjôleuse, tandis que le groupe joue tout en toucher. L’importance de Chick Churchill apparaît clairement sur l’instrumental « Adventures of a Young Organ », sorte de mélange jazz-blues, qui propose des échanges entre tous les musiciens. La face A se termine sur « Spoonful », un blues de Willie Dixon sur lequel la guitare d’Alvin Lee délivre de magnifiques solos, tandis que le riff principal est soutenu par un clavier très chaud. Un grand moment de cet album.

La face B débute par un country blues très américain qui dénote sur cet album. Même la voix d’Alvin Lee imite les chanteurs d’outre-Atlantique. Groovy à souhait, gorgé de clins d’œil aux classiques du rock, ce titre donne envie de taper du pied. Il est suivi d’un nouveau blues épais, l’excellent « Feel It For Me » qui donne l’impression d’être un classique du genre. En moins de trois minutes d’une musique faisant honneur aux grands anciens, Ten Years After démontre toute sa science de la composition. On comprend que les musiciens connaissent leurs bases. Ainsi, « Love Until I Die » évoque le delta blues en y ajoutant une dose d’électricité. L’harmonica est évidemment présente, ainsi que le fantôme de Robert Johnson et l’ombre de Big Joe Williams. C’est encore plus criant sur « Don’t Want You Woman », joué sur une guitare acoustique qui allège l’atmosphère, tout en y insufflant une dose de mélancolie. Pour finir ce premier opus, c’est à une véritable jam que nous invite le quatuor. Sur la base du « Help Me » de Sonny Boy Williamson, Willie Dixon et Ralph Bass, le groupe se livre à un long développement de plus de dix minutes qui nous emmène au bout de la nuit.

Malgré ses indéniables qualités, mais une direction musicale un peu floue, ce disque ne remporte qu’un bien maigre succès. Seuls quelques spécialistes remarquent cette sortie. Le groupe ne baisse pas les bras et part en tournée où il enregistre d’ailleurs son live Undead qui paraît l’année suivante. Il fait également plusieurs apparitions à la BBC, puis enregistre deux 45t en 1968 « Rock Your Mama / Spider in My Web » et « Portable People / The Sounds » qu’une réédition en CD de cet album en 2002 remettent en lumière. Sorte de pop country rock « Portable People » est assez léger et pour le moins dispensable. Très psychédélique, dans la lignée des Doors, « The Sounds » est destiné à faire planer ses auditeurs, tout en permettant à Alvin Lee de nous asséner un solo distordu qui passait très bien à l’époque, et moins maintenant. Plus classique, « Rock Your Mama » est un bon titre pour faire danser une salle de concert. Soutenu par un orgue chaleureux, il mérite d’être réhabilité. Quant à « Spider In The Web », c’est un blues lent, très atmosphérique, qui fait la part belle à l’orgue de Churchill. Les deux derniers inédits de cette réédition méritent aussi d’y jeter une oreille. « Hold Me Tight » est un rock classique, extrait de la compilation Alvin & Company, tandis que « Woodchoppers Ball » est un instrumental dans la lignée d’« Adventures of a Young Organ », sorte de jazz-blues improvisé sur une trame qui se répète.

Ce témoignage d’une période de forte activité et d’une intense créativité est à écouter de toute urgence, même si, les albums suivants seront bien meilleurs.

  • 1. I Want to Know
  • 2. I Can’t Keep from Crying, Sometimes
  • 3. Adventures of a Young Organ
  • 4. Spoonful
  • 5. Losing the Dogs
  • 6. Feel It for Me
  • 7. Love Until I Die
  • 8. Don’t Want You Woman
  • 9. Help Me
  • Titres bonus (2002)
  • 10. Portable People
  • 11. The Sounds
  • 12. Rock Your Mama
  • 13. Spider in My Web
  • 14. Hold Me Tight
  • 15. Woodchoppers Ball
  • Alvin Lee – guitare, chant
  • Leo Lyons – basse
  • Chick Churchill – claviers
  • Ric Lee – batterie

Label : Deraim

Producteur : Mike Vernon

SODOM – Agent Orange (1989)

Lorsque sort ce troisième album de Sodom en 1989, il fait l’effet d’une bombe, non seulement en raison de sa thématique guerrière, mais également par sa qualité musicale. En effet, deux ans après le remarqué Persecution Mania qui avait déjà montré une forte évolution du groupe, Agent Orange impose Sodom comme l’un des fleurons du thrash allemand. Plus compact, plus puissant, mieux produit, il montre un groupe en pleine maturité, bien loin de son médiocre premier opus. De la production à la pochette, du chant aux riffs, rien n’a été laissé au hasard, afin de faire de cet album une réussite totale.

Ainsi, dès les premières mesures du morceau éponyme, on sent que les musiciens ont pensé chaque élément de leurs compositions. L’ensemble est finement écrit, avec cette introduction lourde en mid tempo qui ouvre sur une déferlante thrash, aux riffs énormes et au refrain hurlé. Le reste de l’album s’inscrit alors dans un style musical en pleine croissance à l’époque. Les rythmiques saccadées sont de sortie : le furieux « Incest », le monstrueux « Magic Dragon » à l’énergie death metal ou l’énorme « Baptism of Fire » aux chœurs hurlés. Le public n’est donc pas dérouté au premier abord. Et pourtant, en écoutant chaque titre, on découvre des arrangements surprenants, des changements de rythmes salvateurs, des refrains qui claquent et emportent l’adhésion de chacun, comme l’étonnant « Ausgebombt » à l’énergie punk sur lequel la basse de Tom se taille la part du lion.

Plusieurs morceaux ralentissent également la déferlante, pour mieux la reprendre par la suite. « Remember the Fallen » nous assène des riffs qui ne sont pas sans rappeler Metallica et prouve que Sodom n’est pas qu’un groupe qui bourrine, tandis que « Tired and Red » écrase tout sur son passage avant de se calmer pour offrir à Frank un long solo mélodique qui marque son chant du cygne puisqu’il quittera le groupe après cet album. « Don’t Walk Away », la reprise du groupe Tank s’inscrit dans cette diversité, en changeant un peu le son de Sodom qui se montre plus léger, plus punk rock également.

En quarante minutes de titres plus complexes qu’il n’y paraît, Sodom produit l’un des albums majeurs du thrash et leur plus grand succès à ce jour. Représentatif de l’école allemande, il propulse le groupe en tête du peloton en compagnie de Kreator (qui sort la même année l’excellent Extreme Agression), Destruction et Tankard, mais en devançant ces deux derniers de plusieurs longueurs. Un album indispensable pour tout fan de thrash et de metal.

  • 1. Agent Orange
  • 2. Tired and Red
  • 3. Incest
  • 4. Remember the Fallen
  • 5. Magic Dragon
  • 6. Exhibition Bout
  • 7. Ausgebombt
  • 8. Baptism of Fire
  • 9. Don’t Walk Away (reprise de Tank)
  • Tom Angelripper – Chant/Basse
  • Frank Blackfire – Guitare
  • Chris Witchhunter – Batterie

Producteur : John Harris

Label : Steamhammer Records

THE OUTLAWS – Dixie Highway (2020)

Quatre ans après un excellent double live, The Outlaws nous revient avec un album studio, le premier depuis 2012 et la reformation du groupe. Après d’innombrables changements de personnel, on pouvait donc s’interroger quant à la viabilité d’un tel projet. Autant l’annoncer tout de suite, Dixie Highway est un superbe hommage au southern rock, comme l’annonce d’ailleurs sa première chanson. Savant mélange de rock, de blues et de country, ces onze compositions viennent raviver la flamme de l’un des groupes culte du genre, sans pour autant sombrer dans la nostalgie. Car chacun de ces titres s’inscrit dans notre époque, tout d’abord grâce à une production impeccable, mais également par leur qualité d’écriture.

L’auditeur s’en rend compte immédiatement dès les premières mesures de « Southern Rock Will Never Die » qui fait la part belle aux guitares, tout en soignant les harmonies vocales. Ce tempo médium qui donne envie de taper du pied nous entraîne dans une jolie promenade au cœur des états du sud des Etats-Unis. Il en va de même pour l’envoûtant « Dixie Highway » sur lequel on retrouve les fameux duels de guitares propres au groupe. Ce blues-rock teinté de country est un hymne imparable qui ne devrait pas jurer au milieu des hits de The Outlaws. Plus rapide et plus puissant, le boogie-rock « Rattlesnake Road » nous prend aux tripes pour ne plus nous lâcher. Son riff est irrésistible, tandis que son refrain est imparable. Quant aux guitares, une nouvelle fois, elles s’enflamment dans des duels de grande classe. A mi-chemin entre le blues et le rock, « Wind City’s Blue » s’appuie sur de beaux riffs et un groove un brin mélancolique, que viennent soutenir des chœurs étonnants. Autre rock puissant, « Lonesome Boy From Dixie » s’appuie sur un riff qui évoque « Paint it Black », et donne un bel envol à cet album.

The Outlaws, c’est aussi un ancrage dans la country, ainsi que le montre « Heavenly Blues », tout en finesse, ou « Macon Memories ». Cela est notamment dû aux harmonies vocales qui sont particulièrement ciselées. « Over Night From Athens » en apporte une preuve supplémentaire, grâce à un entrain communicatif, nous ramenant aux grandes heures du groupe. Il ne fait alors aucun doute que cette nouvelle mouture de The Outlaws n’usurpe en rien son patronyme, même s’il ne reste plus aucun membre fondateur de 1967 (les plus anciens sont Monte Yoho arrivé en 1969 et Henry Paul en 1972). Le reste de l’album est composé du blues « Endless Ride » qui s’accélère sur la fin, et de l’indispensable instrumental qui permet aux trois guitares de croiser les cordes.

Dixie Highway sonne le retour au premier plan du southern rock dont on n’entend que trop peu parler dans nos contrées, ce qui est bien dommage.

  • 1. Southern Rock Will Never Die
  • 2. Heavenly Blues
  • 3. Dixie Highway
  • 4. Over Night From Athens
  • 5. Endless Ride
  • 6. Dark Horse Run
  • 7. Rattlesnake Road
  • 8. Lonesome Boy From Dixie
  • 9. Showdown
  • 10. Wind City’s Blue
  • 11. Macon Memories
  • Henry Paul – Guitares, chant
  • Dale Oliver – Guitares, chant
  • Steve Grisham – Guitares, chant
  • Randy Threet – Basse, chant
  • Dave Robbins – Claviers, chœurs
  • Monte Yoho – Batterie, percussions
  • Jaron Sorenson – Batterie, percussions

Label : SPV/Steamhammer

TANK – Filth Hounds of Hades (1982)

Lorsque déboule Filth Hounds of Hades en mars 1982, en pleine New Wave Of British Heavy Metal, celui-ci fait l’effet d’une bombe. Dès son introduction tribale et la furie « Shellshock », l’auditeur est pris à la gorge par cette déferlante metal à l’énergie punk. Le son de ce power trio est d’ailleurs très rugueux, avec cette voix éraillée mixée légèrement en avant d’une guitare distordue et d’une section rythmique sobre mais efficace. Il faut dire qu’Algy Ward, leader et bassiste-chanteur du groupe vient de la scène punk où il a œuvré dans deux groupes majeurs que sont The Saints et The Damned.

Produit par Eddie Clarke, le guitariste de Motörhead, ce premier album déboule à cent à l’heure, emportant tout sur son passage avec des titres enlevés comme le furieux « Struck By Lightning », l’hymne « Run Like Hell » dont la pression ne cesse de monter jusqu’aux hurlements d’Algy qui viennent clore cet excellent titre ou le groovy « Blood, Guts & Beer » au riff principal mal maîtrisé mais qui donne un côté frais à cette chanson.

Après ces quatre classiques, le groupe calme quelque peu le jeu, avec l’étonnant « That’s What Dreams Are Made Of » aux influences proches de celles de Thin Lizzy et dont les emprunts au blues sont indéniables. En dépit d’un rythme plus lent, ce morceau parvient néanmoins à maintenir l’auditeur en haleine, surtout qu’il est ensuite frappé par le heavy punk « Turn Your Head Around » que n’aurait pas renié Motörhead voire Ted Nugent. Le rythme ralentit à peine avec l’épique « Heavy Artillery » dont le refrain claque comme un appel à la révolte.

Si les compositions paraissent assez directes dans l’ensemble, il ne faut pas oublier un titre comme « How Needs Love Songs » au riff boogie et aux changements de rythmes incessants qui renvoient à un croisement entre Aerosmith et Motörhead. Cette pause offerte est de courte durée, puisque « Filth Hounds Of Hades » vous cueille avec son riff groovy, avant ce nouvel hymne destiné à secouer la tête en cadence qu’est « (He Fell In Love With A) Stormtrooper ».

Si Tank a souvent été considéré comme un enfant punk de Motôrhead, on s’aperçoit avec le recul que c’est un constat réducteur. Certes, les parentés entre les deux power trios sont nombreuses, notamment leurs accointances avec le punk, mais Tank offre des notes plus blues que son aîné, tout en ayant influencé en profondeur le mouvement thrash. Reconnu comme l’un des meilleurs albums de la NWOBHM, Filth Hounds Of Hades est un classique indispensable pour tout amateur de metal.

  • 1. Shellshock
  • 2. Struck By Lightning
  • 3. Run Like Hell
  • 4. Blood, Guts & Beer
  • 5. That’s What Dreams Are Made Of
  • 6. Turn Your Head Around
  • 7. Heavy Artillery
  • 8. How Needs Love Songs
  • 9. Filth Hounds Of Hades
  • 10. (He Fell In Love With A) Stormtrooper
  • Algy Ward – Basse & chant
  • Peter Brabbs – Guitares
  • Mark Brabbs – Batterie

Producteur : Eddie Clarke

Label : Kamaflage

FAITH NO MORE – Sol Invictus (2015)

Dix-huit ans après Album of the Year, Faith No More revient avec Sol Invictus, une œuvre que plus personne n’espérait. Après les nombreux problèmes entre les membres du groupe, les projets parallèles de chacun et la lassitude exprimée, il n’était pas du tout évident de voir Faith No More se reformer. Pour des raisons qu’il n’est pas nécessaire d’expliquer, c’est John Hudson qui reprend la place de guitariste, marquant une certaine stabilité du line-up. Autant dire qu’après le critiqué Album of The Year, ce nouvel opus était attendu au tournant. Chacun se demandait si le groupe avait encore des choses à dire. Force est de constater que cette attente valait le coup.

Débutant par « Sol Invictus », une chanson calme dominée par la voix de Mike Patton, cet album aime entraîner l’auditeur sur de fausses pistes pour mieux le cueillir ensuite. L’album se clôt également sur un titre calme. Sorte de morceau pop hippie, « From the Dead » évoque certains titres des années 1960, avec son ambiance country, ses instruments acoustiques et ce chant de crooner. Il fait suite à l’étonnant « Matador », soutenu par un piano, que The Who aurait pu écrire s’il avait croisé Nina Hagen. Ce mélange des genres n’est pas nouveau chez Faith No More, mais sur cet album, il semble moins débridé, plus encadré, comme sur « Sunny Side Up » qui monte en puissance, en proposant des lignes vocales habitées sur une base acoustique.

On retrouve donc cette inventivité et ce goût pour le métissage propre au groupe. « Separation Anxiety » est une ode au metal complexe et furieuse, tandis que « Rise of the Fall » s’inspire du reggea et du post-punk pour construire un titre atypique dans lequel les guitares saturées voisinent avec des sons d’accordéon. Quant à « Black Friday », il rend hommage à la country, au rock et au hardcore sur un rythme syncopé, afin de nous transporter dans une sorte de western futuriste sur lequel plane l’ombre de Lou Reed. Aussi étrange est « Superhero », aux tonalités orientales qui voisinent avec un metal-hardcore déjanté qui permet à Mike Patton de varier sa voix et à Roddy Bottum de nous glisser d’entêtantes plages de pianos et de claviers.

Ce retour après des années de silence est une vraie réussite qui sera suivie d’une tournée triomphante durant laquelle le groupe joue notamment habillé de blanc. Quatre singles vont en être extraits, dont le superbe « Motherfucker » qui frappe les esprits par son discours engagé, ses lignes vocales torturées et sa musique envoutante. Faith No More nous montre un nouveau chemin de grande classe.

  • 1. Sol Invictus
  • 2. Superhero
  • 3. Sunny Side Up
  • 4. Separation Anxiety
  • 5. Cone of Shame
  • 6. Rise of the Fall
  • 7. Black Friday
  • 8. Motherfucker
  • 9. Matador
  • 10. From the Dead
  • Mike Bordin – batterie
  • Roddy Bottum – claviers
  • Bill Gould – basse
  • Jon Hudson – guitare
  • Mike Patton – chant
  • Producteur : Billy Gould

Label : Reclamation Records

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