UNLEASH THE ARCHERS – Apex (2017)

Quatrième album pour les Canadiens d’Unleash The Archer qui nous cueillent à la gorge dès « Awakening », un titre enlevé, complexe, subtilement construit, qui place immédiatement l’auditeur dans le ton de l’album. A grands renforts de cavalcades de guitares, d’arpèges, de duels furieux, que vient éclaircir un refrain entraînant, cette chanson permet au groupe de donner le ton et de nous montrer qu’il s’inscrit parmi les meilleures formations du genre. Mené d’une voix de maître par la chanteuse Britney Slaves, le groupe chasse sur les terres de Manowar en parvenant à développer une puissance supérieure au groupe américain sur l’énorme mid-tempo : « Cleanse The Bloodliness » qui voit les guitares tout écraser sur leur passage.

En deux exemples, la messe est dite. Et pourtant, cet album possède d’autres énormes qualités à nous offrir, notamment lorsque le groupe lâche les chevaux comme sur les enlevés « The Matriarch » qui permet à Britney de montrer toute l’étendue de son talent et à la section rythmique d’enfoncer le clou, et « Call Me Immortal » qui prouve l’intelligence de musiciens capables d’apporter des subtilités dans un genre pourtant codifié. Car ne nous y trompons pas. Unleash The Archers n’est pas qu’un simple groupe de power metal, il court aussi sur des terres progressives proches de Symphony X : « Ten Thousand Against One » et peut aussi alléger son propos, comme sur l’introduction de « Earth And Ashes », ou au contraire, teinter avec subtilité, certains titres de growls sur l’excellent « Shadow Guide ».

En dix titres, Unleash The Archers nous prouve qu’il est possible de mélanger les genres et d’apporter un sang nouveau dans le metal. Doté d’une excellente production qui permet de cerner chaque instrument, Apex s’appuie sur une section rythmique monstrueuse qui ne vient pourtant jamais avaler les différentes lignes de chant. Du grand art, pour un album qui fera date cette année.

  • 1. Awakening
  • 2. Shadow Guide
  • 3. The Matriarch
  • 4. Cleanse The Bloodlines
  • 5. The Coward’s Way
  • 6. False Walls
  • 7. Ten Thousand Against One
  • 8. Earth And Ashes
  • 9. Call Me Immortal
  • 10. Apex
  • Brittney Slayes – Chant
  • Grant Truesdell – Guitares, chœurs
  • Andrew Kingsley – Guitares, chœurs
  • Nikko Whitworth – Basse
  • Scott Buchanan – Batterie

Label : Napalm records

ROCK GODDESS – Young & Free (1987)

En raison de problèmes avec son label, Rock Goddess voit son troisième album produit par Paul Samson bloqué durant deux ans. Autant dire une éternité à l’époque. Pire, Young & Free ne sort qu’en 1987, soit quatre ans après Hell Has No Fury, sur un petit label français. Pendant ce temps, le groupe a subi des changements de musiciennes et de style. Comme beaucoup de groupes à l’époque, le trio opte pour un hard rock plus commercial et tourné vers les Etats-Unis. Il faut donc écouter ce nouvel opus en essayant de ne pas se souvenir des deux premiers albums de heavy metal, car tout sonne différent. En effet, l’ajout d’un clavier, le son de batterie et même de la guitare, les chœurs moins agressifs et les compositions, tout concourt à faire de Young & Free un album à part dans la discographie de Rock Goddess. On se retrouve plus proche de Y & T que de Saxon (même si ces derniers vont essayer de prendre le même chemin). Les amateurs de heavy rock ou de hard FM puissant seront donc ravis. Un titre comme « Streets Of The City » possédé d’ailleurs toutes les qualités pour passer sur les radios US. Malheureusement, peu de médias américains ont dû avoir accès à cet album.

Plutôt bon dans l’ensemble, Young & Free est un album à réhabiliter, qui n’est pas sorti à la bonne époque et qui a souffert d’un cruel manque de promotion. Pourtant, plusieurs de ses compositions, d’inspiration glam rock, comme « The Party Never Ends », « Rumour » ou l’excellente « Jerry » n’ont pas à rougir de ce qui sortait à l’époque. Les mélodies sont jolies, les arrangements finement choisis et les riffs intéressants. Comme on peut s’en douter, à l’instar de Saxon avec Destiny ou Girlschool avec Play Dirty, les fans du groupe ne sont pas prêts. Et pourtant, il faut reconnaître que cet album contient quelques bons morceaux, à commencer par « Young & Free » qui évoque Def Leppard, avec son refrain évident et son riff carré ou le très beau « Hello » qui donne envie de chanter avec Jody.

Le problème de cet album vient de la production de Paul Samson trop légère qui n’apporte pas à ces morceaux le petit plus nécessaire à leur décollage. C’est bien dommage, car avec un peu plus de dynamisme, ils auraient pu prendre leur envol. C’est le cas notamment du heavy « Raiders », du groovy « Turn Me Loose » ou de « Boys Will Be Boys » qui auraient mérité un meilleur traitement. Certes, le travail sur les chœurs est soigné, mais les guitares sont trop en retrait, un comble lorsqu’on sait que Paul Samson est avant tout un guitariste.

Young & Free est un album sympathique, arrivé trop tard, et qui contient un peu trop de ballades pour le fan de Rock Goddess, même si « Love Has Passed Me By » et « So Much Love » sont bien écrites. L’album est ressorti en CD avec le morceau « Hey Lover » en bonus.

  • 1. Young & Free
  • 2. Hello
  • 3. So Much Love
  • 4. Jerry
  • 5. Streets Of The City
  • 6. The Party Never Ends
  • 7. Love Has Passed Me By
  • 8. Raiders
  • 9. Love Is A Bitch
  • 10. Boys Will Be Boys
  • 11. Sexy Eyes
  • 12. Rumour
  • 13. Turn Me Loose
  • Jody Turner : Chant, guitares
  • Julie Turner : Batterie, chant sur 7
  • Dee O’Malley : Basse, claviers, chœurs

Label : Just’In Distribution

ROCK GODDESS – This Time (2019)

Après trente années de silence, les Anglaises de Rock Goddess ont décidé de revenir sur le devant de la scène. Cela s’est tout d’abord traduit par la parution d’un EP : « It’s More Than Rock And Roll » en 2017 avant l’enregistrement de ce quatrième album autoproduit et financé par les fans. Ayant suivi toute la carrière du trio, ce retour est à la fois surprenant et agréable. Jody Turner n’a rien perdu de sa voix éraillée et puissante, comme nous le montre « Are You Ready » qui débute cet opus de belle manière. Si la folie des débuts a disparu, ce titre aurait très bien pu se retrouver sur l’un des deux premiers albums dont il complète les motifs. Dans la même lignée, le groovy « Two Wrongs Don’t Make A Right » s’inscrit également parmi les bons titres de cet opus. Le riff donne envie de secouer la tête en cadence, tandis que les mélodies vocales nous cueillent et nous rappellent les débuts du groupe. Plus étonnant, « Wy Do We Never Learn ? » évoque un croisement entre Chastain et Loudness, avec son riff lourd, ses changements de rythmes, son ambiance épique et ses chœurs. On n’attendait pas le trio sur ce terrain. « It’s My Turn » nous renvoie également à certaines compositions de Chastain, en nous proposant des riffs originaux et une lourdeur étonnante. Et même si la production manque un peu de profondeur et de dynamisme, ces quatre morceaux se détachent des autres.

L’album est d’ailleurs très varié, puisque loin de ces morceaux ancrés dans le heavy metal, Rock Goddess explore d’autres voies, comme celle de la ballade rock avec « Drive Me Away », aux influences venues des années 1970. Les mélodies vocales sont à la fois mélancoliques et pleines de nuances. Autre chanson poignante, « This Time » propose un visage plus complexe du groupe qui nous prouve son évolution. Basé sur des variations d’intensités, ce titre nous conduit dans un univers en clair-obscur auquel ne nous avait pas habitué le trio. Il faut un certain temps pour s’y habituer, mais cela se révèle intéressant.

C’est d’ailleurs le cas avec la majorité des morceaux qui étonnent. « Obsession » s’appuie sur un refrain répétitif mais finalement addictif, alors que « Calling To Space » est dominé par ses riffs. Tous deux possèdent d’indéniables qualités, mais manquent de quelques arrangements et d’un son plus tranché. Le constat est plus négatif pour « Flying To See You » que j’ai eu beau écouter à de nombreuses reprises et qui n’est sauvé que par son solo et son break.

This Time est un bon album, sans doute pas aussi fou que Rock Goddess et Hell Has No Fury, mais en tous points efficace. Et quel bonheur de retrouver Rock Goddess en forme.

  • 1. Are You Ready ?
  • 2. Obsession
  • 3. Two Wrongs Don’t Make A Right
  • 4. Calling To Space
  • 5. Flying To See You
  • 6. Wy Do We Never Learn ?
  • 7. This Time
  • 8. It’s My Turn
  • 9. Drive Me Away
  • Jody Turner – Chant, guitares
  • Julie Turner – Batterie, chœurs
  • Tracey Lamb – Basse

ROCK GODDESS – Hell Hath No Fury (1983)

Quelques mois après la sortie de son premier album, Rock Goddess retourne en studio et publie Hell Hath No Fury qui contient dix nouvelles chansons pour un total d’un peu plus de 38 minutes. Entretemps, Tracey Lamb a quitté le groupe pour former She et a été remplacée par Dee O’Maley. L’emprise des sœurs Turner est toujours aussi importante, comme l’omniprésence de leur père qui les manage.

Si le groupe a conservé son style direct sur certains morceaux, on peut noter que les compositions et la production sont plus léchées. Cela est certainement dû à l’apport de Chris Tsangarides, déjà producteur notamment de Tygers Of Pan Tang, Thin Lizzy ou Anvil. Le son est plus épais, la voix, mieux mixée et les guitares plus incisives. Si les compositions perdent un peu de fraîcheur, elles gagnent en maturité et efficacité, comme le prouve le mid-tempo « Hold Me Down » qui ouvre les hostilités avec son riff carré et son refrain simple mais à reprendre à tue-tête. Cette entrée en matière rend « No More » un peu fade, en dépit de sa construction subtile. Ce titre sera remplacé sur la version américaine par la reprise de Gary Glitter « I Didn’t Know I Loved You (Till I Saw You Rock and Roll) » afin de percer sur ce marché.

Il s’ensuit un pur rock’n’ roll avec « Gotta Let Your Hair Down » qui marque par ses chœurs léchés, sur lesquels on sent l’influence de Tsangarides. C’est également le cas avec l’excellent « Don’t Want Your Love », aux accents hard rock très novateurs pour le groupe. Avec le recul, on saisit toutes les qualités d’une chanson à la construction pleine de finesse. C’est également le cas avec « In The Night » qui lorgne vers un hard FM épais. Une véritable surprise pour les fans jusqu’au solo qui, sans être très technique, emporte tout sur son passage.

« The Visitors Are Here » voit l’apport de claviers qui rendent ce titre angoissant et le conduit sur les terres d’une Pat Benatar vitaminée. Le heavy metal britannique laisse clairement la place à un hard rock américain. La maison de disques vise clairement le marché outre-Atlantique. C’est assez flagrant aussi sur « I’ve Seen It All Before » qui s’appuie sur un riff tranchant que les chœurs adoucissent. Pour l’époque, c’est assez osé de changer ainsi de cible, et c’est ce qu’apprendra le trio à ses dépens.

Surtout que les trois derniers titres frappent forts avec le furieux « You’ve Got Fire » qui donne envie de secouer la tête et qui voit enfin Jody revenir à un chant éraillé si apprécié sur le premier album. En dépit de son rythme lent « It Will Never Change » se révèle aussi méchant que les morceaux de l’album éponyme, avec son break inquiétant et ses guitares incisives. Un beau titre qu’il serait bon de réhabiliter. L’album se termine sur « God Be With You », un vrai brulot metal au riff tranchant comme une lame de rasoir.

En dépit de l’obligation pour Julie de suivre ses cours au lycée, le groupe s’embarque pour une tournée en support de Def Leppard qui passera par la France et où le trio surprendra par sa fureur, son efficacité et sa fraîcheur. (Je le sais, j’ai assisté à l’un de ces concerts). Malgré cela, et en dépit d’une tournée américaine annoncée, Dee O’Malley, enceinte, quitte le groupe et doit être remplacée par Julia Longman, alors que Becky Axten est recrutée aux claviers. Un single sort début 1984 : « I Didn’t Know I Loved You (Till I Saw You Rock And Roll) » / « Hell Hath No Fury », mais le succès ne vient pas et le troisième album, enregistré en 1985, ne sortira qu’en France en 1987 sur un petit label.  

  • 1 – Hold me down
  • 2 – No more
  • 3 – Gotta let your hair down
  • 4 – Don’t want your love
  • 5 – In the night
  • 6 – The visitor are here
  • 7 – I’ve seen it all before
  • 8 – You’ve got fire
  • 9 – It will never change
  • 10 – God be with you
  • Jody Turner : guitare, chant
  • Julie Turner : batterie
  • Dee O’Malley : basse

Producteur – Chris Tsangarides

Label – A&M

ROCK GODDESS – Rock Goddess (1983)

Lorsque paraît le premier album éponyme de Rock Goddess, le groupe a déjà cinq ans d’existence, alors que les sœurs Turner, Jody (chant et guitare) et Julie (batterie), et la bassiste Tracey Lamb n’ont pas vingt ans. Produit par Vic Maile, ce disque frappe par la puissance de ce power trio féminin, chose plutôt rare à l’époque. 

En 35 minutes d’un heavy metal direct au son distordu, Rock Goddess entraîne l’auditeur dans un univers évoquant des relations sentimentales comme sur « Heartache » qui ouvre le bal avec efficacité, « The Love Lingers Still » ou le provocateur « Make My Night » sur lequel Jody chante «I want your body, is that obscene? I need your body, dirty or clean Well I ain’t fussy baby, with you it’s o.k. I’ll give you all you want, if only you’d stay ». Ces filles n’ont peur de rien et le prouvent en livrant une belle prestation aux croisées du metal et du rock, avec des incursions presque pop sur « Take Your Love Away ».

Dès les premières notes de « Heartache », la voix de Jody frappe par sa gouaille, tandis que la section rythmique, carrée et efficace, soutient des riffs plaqués qui claquent. Cette marque de fabrique se retrouve sur plusieurs des onze titres composant cet album. Le rythme médium qui s’accélère au moment du refrain donne envie de secouer la tête en cadence. S’ensuit « Back To You », un speed-punk direct de moins de 2 minutes assassin comme un uppercut et dont le refrain est soutenu par des chœurs hurlés. Une fois le déluge passé, « The Love Lingers Still » paraît presque calme alors que son rythme enlevé s’installe de manière sournoise et vous donne envie de taper du pied en cadence jusqu’à la dernière note.

On s’aperçoit que Rock Goddess est capable d’écrire de vrais morceaux, tous différents les uns des autres. « To Be Betrayed » en apporte une preuve flagrante avec sa mélodie insidieuse qui perce le cerveau, avant de laisser la place à « Take Your Love Away » au chant plus posé et à la construction nuancée. Ce couple de chansons marque une pause avant le déferlement qui suit.

En effet, « My Angel », un des hymnes du groupe, déboule à cent à l’heure et semble s’adresser à tous les fans mâles du groupe. En inversant les codes du metal, Rock Goddess ose montrer que les filles aussi peuvent exprimer leurs sentiments sur une musique brûlante. Pourtant, le trio peut encore frapper plus fort avec « Satisfied Then Crucified » au riff énorme qui s’inscrit quelque part entre Motörhead et Girlschool. Vient ensuite « Start Running », à la basse omniprésente qui marque une réelle originalité dans sa construction soignée, à la fois nuancée et insidieuse.

L’album se termine par trois morceaux puissants : le heavy « One Way Love », assez basique, mais au groove étonnant proche de ce que peut sortir Girlschool, le speed « Make My Night » que tous les fans reprennent en chœur lors des concerts et l’hymne « Heavy Metal Rock ‘N’ Roll » qui achève de convertir les indécis : « It’s better than love it’s better than sex » lance Jody dès le premier couplet. La messe est dite.  

L’album rencontre un succès relatif en se classant dans les charts anglais.

  • 1. Heartache
  • 2. Back to You
  • 3. The Love Lingers Still
  • 4. To Be Betrayed
  • 5. Take Your Love Away
  • 6. My Angel
  • 7. Satisfied Then Crucified
  • 8. Start Running
  • 9. One Way Love
  • 10. Make My Night
  • 11. Heavy Metal Rock ‘N’ Roll
  • Jody Turner : guitare, chant
  • Julie Turner : batterie
  • Tracey Lamb : basse

Producteur – Vic Maile

Label – A&M

STATE OF SALAZAR – Superhero (2018)

Quatre ans après son premier album, State Of Salazar revient avec ce Superhero qui devrait intéresser les amateurs de hard FM. Coincés quelque part entre Survivor, Journey et Toto, ces Suédois nous offrent un opus soigné, aux mélodies léchées et aux arrangements pleins de classe.

Cela démarre de la plus belle des manières avec « If You Wait For Me », un titre purement AOR qui allie un riff efficace à un refrain fédérateur, à la manière de ce qu’a pu nous offrir Survivor sur les BO des Rocky. Tout est en place, carré, pétri de talent. Avec « My Heart Is At War », l’introduction toute en douceur lance un mid tempo à la manière de Journey, soutenu par un clavier aérien et magnifié par la voix de Marcus Nygren qui s’avère l’un des points forts du groupe. On comprend que ces musiciens connaissent parfaitement leur affaire, aussi bien dans la maîtrise de leurs instruments que dans l’écriture de titres efficaces. « Hold On Tonight » en apporte une nouvelle preuve flagrante et nous renvoie aux meilleurs moments de la scène américaine, tout comme « Masquerade » au refrain simple, mais qui entre immédiatement dans la tête pour ne plus en sortir.

Tout est d’ailleurs fait pour que l’auditeur demeure scotché à cet album. Pour cela, le groupe ne nous offre aucun temps mort, en alternant les tempos. « She’s A Loaded Gun » est ainsi un rock frais et enjoué qui nous transporte, tandis que « Lie To Me » est une superbe ballade soutenue par un piano et chantée en duo avec Kristina Talajic (qui officie habituellement dans un chœur gospel et dont la voix est splendide).

La maturité du groupe est étonnante sur ce deuxième album qui affiche une réelle progression par rapport au premier. C’est évident sur un titre comme « Joanne » qui mêle énergie rock, refrain AOR, guitares enjôleuses et arrangements professionnels. Une chanson que ne renierait pas Journey tant elle est entraînante. Un grand moment. Il en va de même pour « To The Wire », au riff subtil et au refrain gorgé de groove qui mènent ce titre aux frontières du jazz et du progressif, comme c’est parfois le cas avec les groupes d’AOR.

Coincé entre les deux « Someone I Know » est plus classique et attendu, et ravira les amateurs du genre. Le disque se termine sur une nouvelle ballade « Love Will Find A Way », sympathique, mais qui souffre de la comparaison avec la première, et sur un nouveau rock FM de qualité, l’éponyme « Superhero » conduit par un riff entraînant que soutiennent des claviers savamment dosés. Un beau final pour un album qui ravira les amateurs du genre. State Of Salazar s’inscrit comme un nouveau fleuron du hard FM scandinave.  

  • 1. If You Wait For Me
  • 2. My Heart Is At War
  • 3. Hold On Tonight
  • 4. Masquerade
  • 5. She’s A Loaded Gun
  • 6. Lie To Me
  • 7. Joanne
  • 8. Someone I Know
  • 9. To The Wire
  • 10. Love Will Find A Way
  • 11. Superhero
  • Marcus Nygren – Chant
  • Johan Thuresson – Guitares
  • Kevin Hosford – Claviers, chant
  • Johannes Hansson – Basse
  • Kristian Brun – Batterie
  • Kristina Talajic – Chant sur 6

Label : Frontiers

LOVEBITES – Clockwork Immortality (2018)

Deuxième album pour les Japonaises de Lovebites qui œuvrent dans un heavy metal classique, puissant et mélodique, dominé par les duels et les envolées de guitares de Midori et Miyako. Une fois passée l’introduction acoustique du premier morceau « Addicted », l’auditeur est happé par les riffs soignés et les solos qui se répondent. La voix médium d’Asami ajoute une touche originale à ce titre dont le refrain se grave rapidement dans la tête pour ne plus en sortir. Privilégiant les tempos rapides, Lovebites flirte avec le metal néo-classique, comme sur l’excellent « Pledge Of The Saviour », l’épique « Rising » ou le symphonique « The Final Collision » aux mélodies envoûtantes. On perçoit alors la maîtrise d’un groupe qui a progressé depuis son premier EP.

En effet, si Clockwork Immortality est moins immédiatement accessible que l’album précédent, il se révèle plus riche, aussi bien dans les ambiances proposées que dans les univers explorés. Ainsi, le quintet n’hésite pas à s’attaquer à un power metal épais que ne renieraient pas les groupes allemands avec le puissant « Mastermind 01 » dont le riff écrase tout sur son passage, tandis que la section rythmique érige un socle d’une rare solidité. Plus étonnant « M. D. O. » allie assise thrash, riff syncopé et heavy mélodique pour un résultat étonnant qui montre toutes les qualités de Lovebites qui, à l’instar de Mary’s Blood ou Band-Maid prouve la vitalité du metal féminin au Japon.

Et les surprises ne sont pas terminées. Lovebites possède plus d’un tour dans ses flight cases. « Empty Daydream » joue avec nos nerfs en variant les rythmes, pour nous entraîner vers un refrain aux limites de la pop, rehaussé par des voix qui se répondent. Du grand art pour un titre complexe qui offre de superbes duels de guitares en son milieu et des apports de claviers, discrets, mais indispensables.

L’album se termine sur deux morceaux qui résument parfaitement cet excellent opus. Tout d’abord « We The United » et ses cavalcades néo-classiques qui mènent à un agréable refrain et des duels de guitares à la fois techniques et mélodiques. Un des meilleurs morceaux de Clockwork Immortality. Enfin, « Epilogue » porte bien son nom, puisqu’il clôt les 53 minutes de cet album sur une ballade épique et lyrique, qui prend aux tripes. L’association entre les guitares, le piano et la voix, permet de nous offrir un moment d’une grande émotion de plus de 7 minutes durant lesquelles on ne s’ennuie pas une seconde.

Clockwork Immortality apparaît comme un album de premier plan, à classer dans mon top 10 de l’année 2018.

  • 1. Addicted
  • 2.Pledge Of The Saviour
  • 3.Rising
  • 4.Empty Daydream
  • 5.Mastermind 01
  • 6. M.D.O.
  • 7. Journey To The Other Side
  • 8.The Final Collision
  • 9.We The United
  • 10. Epilogue
  • Miho : Basse
  • Haruna : Batterie 
  • Midori : Guitares 
  • Asami : Chant
  • Miyako : Guitares, Claviers

Mixage et mastering : Mikko KarmilaetMika Jussila

Labels : JPU Records/Nuclear Blast

HEADPINS – Head Over Heels (1985)

Après deux albums réussis, Headpins adoucit sa musique en proposant un troisième album plus FM que hard, abandonnant les riffs burnés pour succomber aux mirages des radios et des chaînes musicales qui se développent à cette époque. Le son est donc moins épais, les morceaux moins puissants, les claviers plus présents et la production trop envahissante. En un album, Headpins efface tout ce qui faisait sa spécificité et copie les groupes à la mode, notamment en ce qui concerne les arrangements électroniques comme sur le médiocre « Hot Stuff » qui s’englue dans une guimauve insipide dont il est difficile de retirer quoi que ce soit de bon. « Chain Gang » est à peine meilleur et souffre d’une production pâteuse que l’on retrouve sur nombre d’albums de l’époque. L’ajout d’un saxophone trop bavard achève l’auditeur. Il en va de même pour la ballade guimauve « Be With You » dans laquelle on perçoit l’ennui de Darby Mills qui ne peut pas se lâcher ou la catastrophe qu’est « (You’re Only) Afraid Of The Dark », une chanson sans coffre, sans épaisseur et sans saveur, dans laquelle il ne se passe strictement rien. Que dire alors de « Stayin’ All Night » qui ferait passer Toto pour un groupe de death metal ? Chanson après chanson, l’auditeur assiste, impuissant, au naufrage d’un groupe qui possédait tous les atouts pour réussir.

Pourtant, l’album avait bien commencé avec « Still The One », un pur morceau AOR, porté par un bon riff (même si les guitares sont mixées un peu trop en arrière) et un refrain soigné. L’évolution était certes notable, mais l’auditeur ne pouvait pas se douter que les batteries électroniques et les effets de style allaient inonder tout l’album. Surtout que certains morceaux renvoient aux albums précédents. C’est le cas du rock « Death Of Me » épais et entraînant, destiné à faire secouer la tête ou de « Never Come Down From The Danger Zone », même s’il est un peu affadi par l’emploi d’une batterie électronique. L’album se clôt comme d’habitude sur un rock rapide. Malheureusement, « Burnin’ At Both Ends » est si aplati par la production, la batterie électronique et les arrangements sucrés que le morceau en perd toute puissance.

Au final, ce troisième album de Headpins est une franche déception qui va d’ailleurs conduire Darby Mills à quitter le navire pour entamer une carrière solo. On la comprend. Lorsque certaines maisons de disques mettent le nez dans les affaires des groupes, elles les détruisent. C’est exactement ce qui s’est passé avec Headpins qui ne s’en est jamais remis.

  • 1. Still The One
  • 2. Death Of Me
  • 3. Stayin’ All Night
  • 4. Hot Stuff
  • 5. Chain Gang
  • 6. Never Come Down From The Danger Zone
  • 7. Don’t Matter What You Say
  • 8. Be With You
  • 9. (You’re Only) Afraid Of The Dark
  • 10. Burnin’ At Both Ends
  • Darby Mills – Chant
  • Brian MacLeod – Guitares, claviers, batterie
  • Al Bryant – Basse
  • Mark Craney – Batterie
  • Darcy McDonald – Claviers

Label : Polydor

HEADPINS – Line Of Fire (1983)

Après Turn it Loud, un premier album percutant, qui les fait connaître, Headpins revient en 1983 pour atteindre enfin une place dans les charts outre-Atlantique. Toujours mené par la charismatique Darby Mills, les Canadiens ouvrent leur album avec un tempo médium, très rock, avec son riff énorme et son refrain à reprendre en chœur. En effet, « Mine, All Mine » est un morceau percutant sorte de croisement entre Kick Axe et AC/DC qui vous prend aux tripes et qui confirme tout le talent de ce groupe capable d’écrire des tubes. Après cette belle entrée en matière, « Feel it (Feel My Body) », plus lent, s’ancre davantage dans un AOR puissant qui ne laisse pas indifférent avec ce clavier qui colore les voix masculines en contrepoint et cette guitare épaisse qui intervient juste à propos. Afin de relancer la machine, Headpins nous assène un hard rock gorgé de groove sur lequel les chœurs masculins offrent une belle réponse à la voix féminine. Entraînant et puissant « I Know What You’re Thinking » est un excellent titre qui ravira tous les amateurs de hard FM et de rock, surtout qu’un orgue très seventies vient réchauffer l’ensemble. Une belle réussite.

Plus FM, « Just One More Time » est symbolique d’une époque où l’AOR savait se montrer intelligent, mélodique et vigoureux, loin des soupes qu’on aime nous faire ingurgiter depuis des années. Intelligent et savamment construit, il emporte l’adhésion, mais se voit éclipser par le premier morceau de la Face B. En effet, « Don’t Stand in the Line of Fire » est une petite perle, aussi bien par ses riffs que par ses mélodies vocales et son solo de guitare. Construite sur un rythme classique qui, peu à peu, est décomposé pour mieux être relancé quelques instants plus tard, cette chanson est insidieuse et conduit l’auditeur dans un univers moins calibré que « Celebration », par exemple. Ecrit pour les radios de l’époque, ce titre aurait pu se retrouver sur une B.O. comme Ghostbuster, tant ses arrangements renvoient au morceau de Ray Parker Jr.

Plus hard rock, « Double Trouble » est un mid-tempo efficace, au refrain assez simple, qui reste agréable et donne envie de secouer la tête. Son rythme binaire et son riff hard-blues ont beau être classiques, il n’en demeure pas moins que l’ensemble ravira l’auditeur, même si ce dernier préférera le hard rock « I’ve Heard It All Before » à la AC/DC qui sait parfaitement se servir du douze mesures. L’album se termine donc en apothéose, grâce à des musiciens inspirés. Aussi bon que Turn it Loud, Line Of Fire est peut-être même plus compact et accessible, autant dire qu’il n’existe aucune faute de goût dessus.

  • 1.   Mine, All Mine
  • 2.   Feel It (Feel My Body)
  • 3.   I Know What You’re Thinking
  • 4.   Just One More Time
  • 5.   Don’t Stand in the Line of Fire
  • 6.   Celebration 
  • 7.   Double Trouble 
  • 8.   I’ve Heard It All Before
  • Darby Mills : Chant
  • Brian Macleod : Guitares, Claviers
  • Ab Bryant : Basse
  • Bernie Aubin : Batterie
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