
D’abord intitulé Bad Publicity (il existe d’ailleurs quelques rares tirages de cette pochette), Sinful paraît en janvier 1979 avec le même line-up que pour l’album précédent. L’évolution de la musique, déjà perçue lors de la sortie de White Hot, se poursuit. Les compositions lorgnent sur l’AOR, avec des refrains qui rappellent parfois certains morceaux de Kiss, comme pour le mélodique « L.A. Lady ». Les guitares sont mixées très en arrière et sont la plupart du temps supplantées par les claviers ou par les voix mixées très en avant. La production, une nouvelle fois confiée à Eddie Leonetti, ne brille pas par sa puissance, faisant de Sinful l’opus le moins rock du groupe. Certains titres peuvent même être qualifiés de pop rock, tant la hargne a disparu. C’est notamment le cas du récursif « Just Can’t Take It » qui s’appuie sur un refrain répété jusqu’à plus soif ou du mièvre « You Can’t Buy Love » qui ne possède plus aucun point commun avec les débuts du groupe.
Les fans de la première heure se retrouvent donc orphelin d’une musique qui alliait puissance et mélodies. Ces caractéristiques se retrouvent sur quelques titres, comme « Don’t Take Your Love », un bon AOR basé sur un riff intéressant, ou encore « Bad Time », totalement massacré par une production dépourvue de dynamique. C’est bien dommage, car Punky Meadows se fend d’un beau solo. Lorsque ce dernier nous offre un titre glam-rock, comme « Wild and Hot », il ne peut pas développer ses parties de guitares et même ses riffs plaqués sonnent presque dans le vide, comme s’ils manquaient d’épaisseur.
Cette tendance à tout affadir est présent sur chaque morceau. Ainsi, « I’ll Never Fall in Love Again » s’embourbe dans des arrangements sucrés, pendant que « I’ll Bring the Whole World to Your Door », qui aurait pu faire un très bon morceau de hard rock est émasculé. Ce constat est terrible, car le riff de base est vraiment gorgé de groove, mais il est noyé sous des nappes de claviers. L’omniprésence de Leonetti n’y est certainement pas étrangère, puisqu’il co-signe ce morceau pour en faire de la soupe. L’album se clôt d’ailleurs sur « Lovers Live On », une chanson pop-rock, pas désagréable, mais en deçà des standards du groupe.
Malgré un succès très relatif, Sinful, qui fut pendant vingt ans le dernier album studio du groupe, est loin d’être une réussite. Sa remasterisation lui a apporté un peu plus de puissance, mais sans doute pas suffisamment pour en faire un album correct.
- Don’t Take Your Love
- L.A. Lady
- Just Can’t Take It
- You Can’t Buy Love
- Bad Time
- Waited a Long Time
- I’ll Bring the Whole World to Your Door
- I’ll Never Fall in Love Again
- Wild and Hot
- Lovers Live On
- Frank DiMino – vocals
- Punky Meadows – guitars
- Felix Robinson – bass guitar
- Barry Brandt – drums
- Gregg Giuffria – keyboards
Labels : Casablanca, Mercury.