
Il aura fallu attendre huit ans pour qu’Adagio nous propose son cinquième album. Huit années de latence dues à de profonds désaccords entre Stéphane Forté et sa maison de disques notamment. Huit années perdues pour les fans qui attendaient avec impatience cette nouvelle œuvre. Cela me permet de pousser un coup de gueule. Que ces décideurs, qui croient toujours en savoir plus que les autres et ne pensent souvent qu’à l’argent, laissent un peu s’exprimer les artistes. Parce que de telles décisions pénalisent tout le monde. On ne compte plus les cas de groupes s’étant perdus à cause de telles décisions.
Mais revenons à l’œuvre en elle-même, parce qu’il s’agit réellement d’une œuvre et pas uniquement d’un disque de metal. Car Adagio s’est surpassé tout au long de ces neuf tires qui puisent à la fois dans le power metal, le progressif, le néo-classique et le jazz rock. Dès les neuf minutes de « Life » qui ouvre le bal, on comprend que le groupe s’est éloigné du style néo-classique de ses débuts pour aborder des motifs plus complexes, parfois plus sombres : « Subrahmanya » et sa rythmique d’une rare complexité. Les apports classiques et symphoniques sont nombreux (le bouillonnant « Darkness Machine », « Secluded Within Myself » et son piano omniprésent) et entraînent la musique du groupe vers des sphères plus extrêmes. Leur nouveau chanteur Kelly Sundown (Darkology, Epysode, ex-Beyond Twilight, ex-Firewind…) apporte sa voix puissante qui s’adapte à de nombreux registres. Une excellente recrue pour Adagio.
Autre arrivée notable, celle du batteur Guillaume Bergiron dont la technique permet de mettre en place une rythmique complexe et efficace qui s’accorde parfaitement à la basse de Franck Hermanny : « The Ladder » qui évoque parfois Mekong Delta ou « Secluded Within Myself » à l’ambiance oppressante. Car il fallait bien cela pour digérer ces compositions torturées, riches en changements de rythmes, en mélodies et en techniques, comme l’excellent « Torn » qui n’a rien à envier aux meilleures formations du genre. En effet, Stéphane Forté et Adagio ont accouché de leur œuvre la plus aboutie, certainement aussi la moins accessible, mais dont il faut une multitude d’écoutes pour en saisir toutes les subtilités. « Trippin’ away » développe ainsi des motifs pleins de finesse qui dépassent les limites du metal pour nous offrir un vrai moment d’émotion.
A la manière de Symphony X, Adagio atteint des sommets inaccessibles au commun des mortels. On comprend mieux les craintes des pseudos connaisseurs du milieu musical, il faut un minimum de connaissances et d’oreille pour appréhender une telle richesse.
- 1. Life
- 2. The Ladder
- 3. Subrahmanya
- 4. The Grand Spirit Voyage
- 5. Darkness Machine
- 6. I’ll Possess You
- 7. Secluded Within Myself
- 8. Trippin’ away
- 9. Torn
- Stéphan Forté – Guitare
- Franck Hermanny – Basse
- Kevin Codfert – Claviers
- Mayline – Violon
- Jelly Cardarelli – Batterie
- Kelly Sundown Carpenter – Chant
Label : Klonosphère