
Deux ans après Nemesis qui avait vu le groupe réellement éclater au grand jour, Solidify affirme la direction prise par Grip Inc, à savoir un thrash moderne teinté de death et d’éléments indus. L’apport de Dave Lombardo à la batterie, ainsi que les guitares de Wladimir Sorytcha permettent une nouvelle fois de repousser les limites de la violence comme en atteste la déflagration que représente « Amped », certainement le titre le plus emblématique de cet opus. Le groupe se montre d’une rare violence et écrase tout sur son passage. Cela se perçoit dès « Isolation » dont le riff tranchant est tempéré par un break situé en milieu de morceau, avant que la folie ne reprenne.
La voix d’écorché vif de Gus Chambers fait merveille sur le thrash mélodique de « Lockdown » au riff hypnotique ou le torturé « Foresight » qui présente un groupe bien plus complexe qu’il ne le laisse percevoir au premier abord. C’est notamment le cas sur les petites pépites que sont « Vindicate » à l’introduction parlée et aux refrains chantés ou encore « Griefless » qui explore un heavy torturé, sur lequel le jeu de Dave Lombardo fait merveille et les riffs de Sorytcha donnent envie de secouer la tête en cadence. On touche à la grâce avec une composition que l’on n’attendait pas d’un tel groupe. Il en va de même pour « Human ? », un morceau d’ambiance, angoissant et nuancé.
Avec « Stresscase », Grip Inc. propose une nouvelle ode à la violence. Sur une base technothrash, le groupe se montre renversant, grâce à un sens certain de la mélodie furieuse et des arrangements. Ainsi, le saupoudrage indus sur les couplets permet de capter l’attention de l’auditeur tandis que les guitares déchirent l’espace occupé par une section rythmique monstrueuse. On sent le chant impliqué dans une dénonciation d’un système inhumain. Ces impressions se confirment sur « Challenge », une composition ambitieuse à la construction torturée, dans laquelle on retrouve un riff tournoyant et répétitif qui sert de point de repère à un chant furieux mais totalement maîtrisé. Entre Fear Factory et Despair (dont Waldemar Sorychta fut le producteur), avec une touche de Slayer, Grip Inc. fait indéniablement progresser le metal, même s’il ne plaît pas à tout le monde.
Avant l’instrumental « Bug Juice » qui clôt l’album, « Verräter (Betrayer) » propose la quintessence de tous les éléments découverts jusqu’alors : mélodies, arrangements technothrash, riffs puissants, section rythmique énorme et chant halluciné placés au service d’un metal bourré de groove. Méritant plusieurs écoutes, cet album livre de nouveaux secrets à chaque fois, nous prouvant que c’est une œuvre importante. Le solo de Sorytcha sur cet avant-dernier titre est aussi lumineux qu’il est bref.
En raison de l’emploi du temps chargé de Dave Lombardo de retour au sein de Slayer et des productions de Waldemar Sorytcha, Grip Inc. ne peut se développer normalement et il faudra attendre cinq ans pour obtenir un ultime album.
- 1. Isolation
- 2. Amped
- 3. Lockdown
- 4. Griefless
- 5. Foresight
- 6. Human?
- 7. Vindicate
- 8. Stresscase
- 9. Challenge
- 10. Verräter (Betrayer)
- 11. Bug Juice
- Gus Chambers : chant
- Waldemar Sorytcha : guitares, claviers
- Dave Lombardo : batterie
- Stuart Carruthers : basse
Producteur : Waldemar Sorytcha
Label : SPV